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La lune éclaire bien assez à qui cherche la lumière

 

Je suis assis dans un parc. Je regarde un manège. Un enfant me tend un sourire. Je lui rends. Le soleil brille. Les oiseaux cherchent leur diner entre deux sandwichs mangés à la va-vite. Cette musique que vous entendez je l’écoute également. Je monte le son de mon mp3… Faites-moi plaisir faites-en de même s’il vous plait… Allez un petit effort… C’est bon ? … Sûr ? … Bon, je reprends… Assis sur mon banc je ferme les yeux, sent le vent me caresser la joue et laisse le piano me courtiser. Me murmurer des je t’aime. Quand j’entends claire de lune de Debussy je me dis quelle chose merveilleuse que l’humanité créa là, que le talent de cet homme me donne la force de croire que la vie est belle. Je m’imagine valser dans ce parc avec une belle femme à mon bras, la faire tournoyer des heures, elle et sa robe blanche, à l’ombre des arbres, sous le regard des passants. 

Puis j’ouvre les yeux, elle a disparu ma douce, emportée loin de moi par les magmas du pétrole relaxé, par des banquiers d’affaires remboursés, par des Big Brother, par des mercenaires, chasseurs de temps de cerveaux disponibles, des anorexiques pop star et des joueurs de foot à la braguette facile. Ils ont pris mon coeur et l’on bétonné comme un bord de mer en Espagne. À la place des terrains vagues de mon enfance où je me faisais tantôt pirate, tantôt astronaute, ils y ont construit des Macdonald, des Stars Buck, des Zara et des Foots Locker et m’ont dit que c’est à ça que je devais aspirer. Des bouts de bois de ma jeunesse, que je faisais épée ou bâton de sorciers à ma guise ils ont fait des sabres lumineux Star Wars, des balais vibrants Harry Potter. Ils ont plastifié mon monde, franchisé mon imaginaire. 

J’ai peur qu’un jour ils enferment les doux rêveurs comme moi, car nous n’aurons pas assez consommé, car nous aurons trop lu, trop aimé, trop contemplé, trop écrit, trop imaginé. Peur qu’ils trouvent un moyen d’enfermer les libres d’esprit, qu’ils rendent les songes illégaux. J’ai peur parfois qu’ils viennent me chercher, car je ne suis pas ce qu’ils attendent de moi. Peur que les génies d’antan, ceux qui ont construit le beau ne puissent s’exprimer dans le monde que l’on leur a crée, que la société dans sa folie de rendement ne laisse le temps à des futurs Mozard, Egon Schiele, Gustav Klimt d’accomplir leurs missions. Qu’ils s’emparent de nos rêves pour en faire des réalités commercialisables.

Moi c’est aux sirènes d’un Auchan ou d’un Franprix que je peux résister. Pas à la nocturne de Chopin, à une fourmilière qui s’agite sous ma rétine, à un accordéoniste qui fait la manche rue Jean Jaurès, au soleil qui se lève tous les matins, parfois je m’arrête un instant je le regarde juste pour le remercier. Quoi qu’ils détruisent et érigent à la place il y aura toujours du beau à qui sais regarder, les merveilles qui m’entourent me donnent la force de croire encore, plus je les observe plus je peux voir la jeune fille à la robe blanche de tout à l’heure me revenir, elle me sourit, à la regarder j’en viens à me demander si elle était vraiment partie. À trop croire qu’on est en enfer parfois on en oublie de regarder le paradis en face. 

Alors je continuais ma route d’utopiste anonyme avec elle à mes côtés, je reste optimiste par choix, mais aussi par devoir. Je refuserais toujours d’être celui qui dira à l’enfant qui m’a souri dans ce parc que le père Noël n’existe pas, que la vie vaut la peine d’être vécue. Ce petit être à cinq ans peut-être six, son bonheur se limite à des chevaux de bois qui tournent en rond et à une maman qui lui souri, non je ne serais celui qui changera cela. Ce petit enfant c’est moi quand je me regarde dans le reflet d’une flaque d’eau. C’est moi et les rêves de voyage dans le temps, de funambule-archéologue, c’est moi d’antan qui me dis « surtout ne me laisse pas tomber».

Dans un monde en dépression constante, mes utopies en ordonnance je m’administre 3 fois par jour, je m’assure tout les jours de ma bonne santé mentale. Que fera-t-on des sains d’esprit dans un monde devenu fou ? Qu’adviendra-t-il de notre planète le jour où les hommes cesseront de rêver, ou il n’y aura plus d’utopistes pour le défendre ? Je ne saurais croire en cela. J’ai la certitude tant qu’il y aura de la vie, il y aura des hommes pour regarder par dessus les étoiles bien au-delà de la frontière du réel pour aller puiser au fond de leurs cœurs les songes d’un Utopia. L’on peut acheter le sexe d’une femme, mais pas son cœur. L’on peut enfermer, spolier, torturer un homme, l’on ne peut l’empêcher de s’évader, de fermer les yeux et de construire un monde meilleur sans sortir de ses quatre murs. L’on peut dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais l’on ne peut les forcer. L’on peut tout interdire, mais rien empêcher. Chaque homme tient son destin par la main et le reste de l’humanité de l’autre. 

Je souhaite bien du courage à tous ces Aquoiboniste qui souffriront toute leur vie de n’avoir cru en eux, personnellement je n’en ai pas la force.  

« Je n’y peux rien, ce n’est pas ma faute, je vois ma vie belle comme si c’était celle d’un autre » 

Par Art’oyh avec l’aimable collaboration de Debussy